Invasions d’images suggestives dans des magazines familiaux, allusions, articles coquins ou sérieux… La sodomie, ou pénétration anale, est «tendance» depuis plusieurs années. Les chiffres vont
dans ce sens. Le rapport de l’Institut national d’études démographiques sur le "contexte de la sexualité" indique que 37% des Françaises déclaraient l'avoir pratiquée en 2006,
alors qu’elles étaient 24% en 1992. Pour les hommes, ces taux s'élèvent à 45% en 2006, contre 30% en 1992. A noter que pour la sexologue vaudoise Laurence Dispaux, la sexualité des Français est
comparable à celle des Helvètes.
Qu’impliquent ces images et ces chiffres? La sodomie est-elle le dernier pas à franchir vers une sexualité libérée ou au contraire un signe de soumission à un(e) partenaire inspiré par la pornographie? La mode a-t-elle sa place dans un domaine aussi intime que la sexualité? Reflète-t-elle vraiment ce que viventles gens ou ce qu’ils souhaitent partager avec leur partenaire? Et quels sont les conséquences de cette pratique? Le point sans tabou avec sexologues, médecin et témoins.
Alain Curel, psychologue et sexologue à Genève et Laurence Dispaux, psychologue et sexologue à Morges, répondent à nos questions. (Ils ont été interviewés séparément.)
La pratique de la sodomie semble être à la mode actuellement. En tant que sexologue, constatez-vous cette tendance?
A. C: Je tiens à dire que les médias ont amplifié le phénomène. On parle de sodomie dans beaucoup de revues et de médias en général, ce qui tend à faire croire que c’est une
pratique courante, mais dans les faits ce n’est pas le cas. Et ce n’est pas non plus quelque chose de nouveau.
L. D: C’est une mode, c’est évident. Cela fait partie des choses que l’on envisage d’essayer et beaucoup de couples hétérosexuels en font l’expérience. Cela devient de plus en
plus courant.
Comment expliquez-vous cela?
L. D: Cette tendance est due à l’influence des films pornographiques, notamment sur internet. La sodomie fait partie du protocole obligatoire du scénario. Il faut savoir que ces
films sont faits avant tout pour les hommes. Mais les femmes commencent à s’ouvrir à ce genre de médias.
On donnerait ainsi l’impression aux gens qu’il faut le faire pour être «libéré»?
A. C: On fait croire aux gens que c’est une évolution de la sexualité et que c’est normal. Mais bien souvent, cela se fait sous l’impulsion de l’homme et non de la femme.
Finalement, la femme s’imagine que si elle n’essaie pas, elle n’est pas libérée. Mais la liberté, c’est faire ce qui convient aux deux personnes et non pas à une seule.
L. D: La sexualité des gens, comme toute activité, peut être influencée par la mode. Il peut aussi y avoir une pression de l’un des partenaires sur l’autre.
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